Jour 22 : DAN-NO-URA

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Le jour d’après (très bon film) nous prenons le train pour rejoindre Shimonoseki, la ville tout en bas de la grosse île. Nous abandonnons nos sacs dans une consigne automatique (sans bébé) pour aller… rejoindre la mer, car on n’apprend pas de nos erreurs. On marche un moment avant de rejoindre la plage de la côte nord, qui s’avère passable (un peu sale mais il y a quand même des gens dedans) mais pas très divertissante (presque pas de coquillages). Nous retournons à la gare pour récupérer notre charge et nous dirigeons vers la guest house, en passant par DAN-NO-URA. Pourquoi j’écris en majuscules ? Parce que Dan-no-ura est un endroit trop classe où je rêvais d’aller depuis la première année de fac. Reportage.

A la fin de l’époque Heian (794-1185), deux grands clans se disputaient le pouvoir impérial : les Minamoto (ou Genji) et les Taira (ou Heike). Après deux tentatives de rebellions, les Minamoto n’étaient toujours pas parvenu à reprendre le contrôle aux Taira, et en 1180, le premier ministre Taira no Kiyomori met sur le trône son petit-fils Antoku, alors âgé de 3 ans, après l’abdication de l’empereur. Et ça, ça ne plait pas au frère de l’empereur, qui lance un appel aux armes avec les Minamoto, ce qui marque le début de la guerre de Genpei. La bataille éclate à Kyoto, se poursuit sur 5 ans, les Taira prennent la fuite dans le Shikoku puis, parvenu au bout de l’île de Honshû et ne pouvant traverser la mer jusqu’à Kyûshû où les Minamoto gardent les côtes, sont anéantis à Dan-no-Ura en avril 1185. A ce moment-là c’est un joyeux massacre qui se produit, les vaincus décidant de se noyer plutôt que d’être capturés, emportant aussi le jeune Antoku, 8 ans, qui n’avait rien demandé à personne.
Cette bataille marque la fin de l’époque Heian et le début de l’ère de Kamakura et du shogunat, premier gouvernement de samurai. Depuis, on raconte que l’esprit courroucé des Taira hante le détroit de Shimonoseki, et pour preuve, leurs visages apparaissent sur les crabes Heike-gani !

Mais ce n’est pas tout : le détroit a aussi été le théâtre de deux autres batailles en 1863 et 1864. A cette époque, l’empereur Kômei, mécontent de l’ouverture du Japon 10 ans plus tôt, promulgue un « ordre d’expulsion des barbares » (autrement dit, des occidentaux). Le clan Chôshû de Shimonoseki ne se fait pas prier et obéit au décret impérial en se mettant à tirer sur tous les bateaux étrangers qui passent dans le détroit. Il commence par les américains, puis les français. Ceux-ci mettent en garde les hollandais. Ces derniers, qui étaient LE grand partenaire commercial privilégié du Japon lorsque ses frontières étaient fermées, se disent qu’ils ne risquent rien, et se font exploser quand même. En septembre 1864, britanniques, américains, français et hollandais s’allient et bombardent le détroit de Shimonoseki pour faire capituler les japonais et assurer le libre passage des navires étrangers dans ce couloir maritime important, puisqu’il permettait la connexion entre Nagasaki, Osaka et Edo.

Voilà, maintenant vous savez pourquoi aujourd’hui on trouve sur la côte du détroit une statue de Minamoto no Yoshitsune et Taira no Tomomori, en souvenir de la guerre de Genpei, et des répliques des canons du clan Chôshû, en mémoire du bombardement de Shimonoseki !
Manon

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